SIAAP : Enquête publique du 17 octobre au 17 novembre 2011

REFONTE de la  STATION SEINE AVAL

 

Observations de l’ASSOCIATION de SAUVEGARDE et de MISE en VALEUR du PARC de MAISONS-LAFFITTE

 

Note liminaire à l’attention de Messieurs les Commissaires enquêteurs.

 

Nous nous référerons dans ces observations à un certain nombre de documents publics publiés.

En premier lieu, pour une meilleure compréhension historique, nous recommandons aux Commissaires la lecture de l’excellent livre édité par le SIAAP sur l’histoire de l’assainissement de l’agglomération parisienne, intitulé « Assainir l’agglomération parisienne », rédigé par  Emmanuel Bellanger, chargé de recherches du CNRS, dont le Président du SIAAP, Monsieur Maurice OUZOULIAS, nous a aimablement adressé un exemplaire en janvier 2011.

 

Un peu d’histoire :

 

Il est aussi vital  que soient connues les « péripéties » diverses, tant techniques que politiques qui ont été déterminantes au fil du temps pour la vie de la station d’épuration jusqu’à la présente refonte.  

En raison des nuisances croissantes engendrées, par la station Seine-Aval du SIAAP : olfactives, sonores et visuelles, c’est à juste titre que notre Association créée en 1963, agréée en 1978, s’est toujours préoccupée de l’évolution des nuisances de  la station.

 

Au fil du temps et pour répondre aux besoins croissants en épuration des eaux usées, la station s’est agrandie plusieurs fois par tranches successives (Achères I, puis II, puis III, puis IV…) de façon à éviter les rejets en Seine sans traitement, pour aboutir en 2000 à la fin des épandages bruts donc odorants, pour seulement se limiter aux épandages d’eaux usées, tels qu’on les concevait à ce moment.

 

L’explosion du mécontentement s’est produite quand le SIAAP avait décidé de réaliser une tranche complémentaire d’épuration, dite d’Achères V, créant une véritable révolution des élus et des associations de riverains, ceci d’autant plus des responsables politiques comme Michel PERICARD, Maire de Saint-Germain-en-Laye et « protecteur » de l’environnement (rappelez-vous son livre « la France défigurée ») et Michel ROCARD, Maire de Conflans-Sainte-Honorine et Premier Ministre de mai 1988 à mai 1991, se sont trouvés tous deux concernés géographiquement et politiquement.

 

Sans entrer dans les détails, en raison des turbulences crées par le projet, il faut aussi reconnaître que l’emplacement choisit face à la ville de CONFLANS était non seulement « provocateur » mais inacceptable dans ce méandre de la Seine, face aux coteaux et sous les vents dominants d’ouest qui touchaient notamment les villes de CONFLANS, HERBLAY, LA FRETTE-SUR-SEINE, CORMEILLES-EN-PARISIS, MONTIGNY-LES-CORMEILLES…et MAISONS-LAFFITTE, SARTROUVILLE par vents d’est et bien d’autres communes.

 

Le projet sera définitivement abandonné en septembre 1990 !

 

Il faut dire aussi, que de surcroît, comme pour les eaux usées, la protection de l’environnement devenait une contrainte incontournable et que le traitement des déchets ménagers devenait une affaire aussi préoccupante que celui des eaux usées. Les communes abandonnaient progressivement les décharges plus ou moins bien contrôlées ! pour se regrouper en syndicats dont les choix penchaient soit pour l’incinération, soit pour des solutions plus écologiques.

 

C’est ainsi que, par exemple, la ville de Saint-Germain-en-Laye avait fait le choix de l’incinération totale (syndicat SIVATRU) et celle de Maisons-Laffitte du compostage (syndicat SIDRU).

Le SIVATRU, malignement, avait jeté son choix sur l’implantation d’une usine d’incinération (130.000 tonnes par an) à proximité de l’usine du SIAAP ou sont actuellement traitées les boues de la station !

Le SIAAP y voyait une unité synergétique susceptible de traiter aussi certains de ses déchets, voire des boues d’épuration…quant à la ville de Saint-Germain-en-Laye, adhérente au SIDRU, elle avait bonne conscience en implantant sur un terrain appartenant à la ville de Paris, gérée par un gouvernement de droite, mais situé sur sa commune, une usine bien loin de sa mairie !

 

Messieurs les Commissaires comprendront vite que trop, c’était trop ! La révolution latente a donc  éclatée à nouveau ! On n’avait jamais vu pareil défilé des populations et d’élus dans les rues bourgeoises de Saint-Germain, des autoroutes bloqués, des préfets déboussolés…

 

Bref, finalement, comme pour Achères V, le projet d’implantation sur le site a été abandonné.

 

Un nouveau site pour l’usine d’incinération fut alors décidé. Cette usine d’une capacité de traitement de l’ordre de110.000 tonnes par an fonctionne actuellement à Carrières-sous-Poissy sous le doux nom de fée d’AZALIS.

 

 

Suite de l’histoire : la « Politique » encore à la barre…

 

Que ce soit sous J. CHIRAC puis de J. TIBERI jusqu’en mars 2001 à la tête de la mairie de Paris, l’équipe dirigeante en place du SIAAP à eu la responsabilité d’avoir fait perdre beaucoup de temps à la cause de la protection environnementale locale. Voici pourquoi :

 

-          Pendant des années les STEP du SIAAP se limitaient à la réduction de la pollution des MES (pollution carbonée des matières en suspension).

-          Les pollutions dues au phosphore et à l’azote qui étaient à l’origine de bien des malheurs de la Seine (eutrophisation, vie piscicole, pollution maritime de l’estuaire de la Seine et de la Manche, Traité de la mer du Nord, des eaux douces de captage d’eau potable…) et des populations en général, passaient au second plan. Tout a été fait par les responsables du SIAAP pour ignorer ces pollutions. 

-          Nous avons du batailler fermement pour que par exemple soit appliquée la DERU (Directive Eaux Résiduaires Urbaines). Cette directive du 21 mai 1991, transposée en droit français en 1994, avec pour échéance ultime le 31 décembre 2005, n’était toujours pas appliquée 10 ans plus tard, empêchant la mise en conformité des stations d’épuration dont celle du SIAAP ! La Cour européenne de justice a condamnée à deux reprises la France pour ses manquements à la DERU (dont en 2004 pour manque de classement en zone sensible de la zone centrale  du bassin de la Seine par l’agence de l’Eau Seine Normandie, finalement classé le 23 décembre 2005, critères fixées en 2006 et chantier lancé dès 2007) ! Il faut signaler que ces condamnations risquaient de s’élever à plus de 170 millions d’euros, sans compter les astreintes…Le classement en zone sensible auquel le SIAAP s’était fortement opposé à l’époque impliquait un traitement plus important des eaux résiduaires en particulier des pollutions à l’azote et au phosphore.

 

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

 

Les différentes techniques pour réduire les pollutions précitées sont connues et ont fait leurs preuves. (Des installations pilotes avaient même été mises en place auparavant sur le site de Seine aval).

Le chantier DERU de 28 mois pour un investissement de 322 millions d’euros, devrait satisfaire  les 5 millions d’usager de Seine Aval, car après la nitrification qui transforme l’azote ammoniacal en nitrates, s’imposait la dénitrification transformant les nitrates en azote gazeux, composant naturel de l’air.

C’est ainsi que 80% de la pollution phosphatée et 70% d’abattement de l’azote global seront assurés, pour seulement 30% auparavant. Rappelons que l’azote global inclus l’azote Kjedahl organique, l’azote ammoniacal et l’azote oxydé.

 

La mise en eau des équipements DERU s’est effectuée le 29 septembre dernier en présence de Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, Ministre de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement.

 

Avant de poursuivre, nous nous devons féliciter le bureau d’études PÖYRY et son agence de BESANCON, pour la qualité du dossier soumis à enquête publique

 

Revenons à la Refonte :

 

Du projet approuvé par le CA du SIAAP en mai 2009, nous retiendrons :

-l’éradication des nuisances (nous avons toujours demandé le « zéro nuisance »).

-l’amélioration des performances en ligne avec la DCE (directive cadre sur l’eau).

 

Rappelons que la Directive 2000/60 /CE du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2000 établit un cadre pour la protection des eaux souterraines, intérieures, de transition et côtières, permettant d’atteindre un « bon état » écologique et chimique de toutes les eaux communautaires d’ici à 2015.

 

Par conséquent nous approuvons la remise à neuf du prétraitement qui est à l’origine de nuisances olfactives et sonores très importantes.

 

Par contre, le problème de l’élimination des boues y est insuffisamment traité.

 

Les pages 445 et 446 du rapport PÔYRY (PROD N°1) mettent pourtant en évidence ce problème sous jacent, la production de boues étant en augmentation avec l’augmentation de la qualité des traitements. Il s’agit d’environ 85 000 tonnes de matière sèche (52% de siccité).

Pour le tonnage 2007 précisé dans ces pages, on constate sur une production de164 599 tonnes évacuées de l’usine, que :

-          46 170 tonnes ont été envoyées en décharge contrôlée (surproduction…), soit 28%.

-          25 239 tonnes en compostage soit 15 %.

-          6 766 tonnes en séchage thermique soit 4%.

La moitié de la production n’est pas valorisée en agriculture.

Le SIAAP n’ignore pas que sur les 429 exploitations agricoles citées, dispersées dans le Nord ou dans le Centre de la France, certaines  rechignent de plus en plus à prendre le risque de polluer leurs terres par des ETM, que d’autres les estiment même invendables dans ce cas, et que d’autres encore moins septiques acceptent la valorisation moyennant finances…

Les manifestations de refus contre l’épandage se succèdent maintenant dans le centre de la France et ailleurs…sans compter avec le problème de l’épandage local et celui de la non concurrence prise en compte par le SIAAP.

 

Et puisque nous parlons d’ « Une valorisation optimale des boues » pour faire face à l’augmentation de volume et que la filière boues fera l’objet d’études dès 2015, les choix étant variés mais difficiles, ne convient-il pas d’en parler dès à présent ?

 

La première réflexion qui vient à l’esprit est : pourquoi dans le cadre de la multi filière envisagée ne pas les éliminer « in situ », plutôt que de les transporter ailleurs à grand frais à des prix pouvant atteindre 70 euros la tonne et  avec une circulation de poids lourds, des aléas possibles de disponibilités en réception et de nouvelles dispositions légales de protection plus restrictives.

 

Par ailleurs il faut savoir et faire savoir que des fours spéciaux d’incinération de boues de STEP n’ont rien à voir avec des fours pour incinérateurs de déchets pour ordures ménagères ou déchets urbains.

Certes, il est possible de projeter ou d’injecter des boues de STEP dans de tels incinérateurs, mais en quantité réduite dépendant du PCI inférieur des produits à incinérer (c’est le cas des essais fait avec l’usine AZALIS du SIVATRU, dont le coût de traitement est élevé et qui ne peut assurer d’une façon régulière une telle opération de traitement).

 

Nous recommanderons aux commissaires de visiter des fours spéciaux installés dans d’autres STEP du SIAAP et qui fonctionnent depuis des années en milieu urbain sans nuisance, par exemple à Seine Centre à Colombes, également à Marne aval ou les boues sont valorisée énergétiquement par traitement thermique dans un four à lit de sable fluidisé mis en service en 2010.

 

L’historique fait au début du présent rapport explique en partie le blocage des populations par manque de confiance vis-à-vis du SIAAP, en raison d’un antagonisme passé qui n’a pas de raison de subsister aujourd’hui, d’une part parce que les techniques ont évoluées et que nous ne parlons pas des mêmes produits à traiter.

 

Que dire si comme en Suisse ou dans d’autres pays nordiques, les épandages deviennent interdits en France, que les boues qui ne constituent pas un déchet ultime, car valorisable, ne puissent plus être acceptées à leur dépôt en centre d’enfouissement ? Une directive européenne du 25 avril 1999 a d’ailleurs planifié la réduction progressive de la mise en décharge avant 2015.

 

Un autre problème est celui de la dégradation des sols.

 

La Directive cadre européenne pour la protection des sols, proposée le 22 septembre 2006, n’a jamais été adoptée pour l’instant en raison du blocage de certains pays… dont la France !

Elle sera vraisemblablement reconsidérée et portée au niveau d’autres ressources comme pour la DCE, son homologue sur l’eau.

Le SIAAP se propose de restituer à la ville de Paris une superficie de 295 ha à l’ouest du site. C’est bien, mais est-ce que la ville de Paris accepte cette restitution, car au vu d’un siècle de pollution des sols par épandage, et des rapports fait par des sociétés spécialisées à la demande du SIAAP, nous nous posons la question ( voir les observations remises par notre association au SIAAP le 7 janvier 2011 lors de la réunion du CSSSA en Sous-préfecture de Saint Germain, réunion présidée par le Sous-préfet  Monsieur COURT, observations sans réponse..PROD N°2 )

Ci-joint un sommaire des études SIAAP relatives aux anciens champs d’épandage et le diagnostic environnemental de l’étude ANTEA du débat public de décembre 2003. (PROD N° 3)

Ci-joint également une réponse de la ville de Paris concernant le terrain lui appartenant et mis à la disposition du SIAAP pour l’accueil des gens du voyage (PROD N°4 ).

 

La logique de la Refonte :

 

Après le chantier DERU et pour mettre les équipements en phase avec les installations récemment créés, il nous semblait  logique de repenser les technologies et  équipements anciens pour viser le bon état écologique imposé par la Directive cadre européenne d’ici 2015.

C’est pourquoi nous approuvons l’intégration paysagère des nouveaux ouvrages HQE.

 

La vie piscicole :

 

Le bureau PÖYRY a fait une étude sur le sujet moins optimiste que ne le fait le SIAAP dans sa communication et il a raison. Interdite à la baignade, la Seine est un fleuve fragile et fragilisé constamment par des facteurs tels que crues, déversements sauvages, incidents de traitement des STEP, période d’étiage sévère et bien d’autres. Il est exact que la vie piscicole s’est améliorée avec une trentaine d’espèces, mais un simple manque d’oxygénation (voir la DBO5) peut rayer d’un seul coup les efforts de repeuplement de bien des années antérieures, seuls les poissons les plus résistants subsisterons. Quant au saumon retrouvé, on sait que ce merveilleux poisson migrateur revient (à quelques petits centimètres près) sur son lieu de naissance pour se reproduire. Comment voulez-vous qu’il y revienne quand il n’y est jamais né !

Cela fait sourire quant nous demandons pour cette masse d’eau de la Seine la qualité d’eau de baignade, mais quand le soussigné à appris à nager à « l’Etoile Frettoise » il y a plus de 70 ans, on ne peut pas dire que depuis la qualité de l’eau de Seine s’est améliorée ! Beaucoup d’efforts sont encore à faire, car un ancien Président de la République piaffe toujours d’impatience pour traverser le fleuve…à la nage bien sur !

 

Le classement SEVESO II  ( biogaz- méthanol) :

 

Nous sommes étonnés de ne rien lire sur le sujet. Etonnés aussi de ne pas avoir eu connaissance de l’information légale du public des riverains immédiats, pourtant obligatoire en la circonstance.

Quel est le timing du plan social pour permettre le relogement du personnel du SIAAP (usine fonctionnant 24 heures sur 24), logés dans plus de 60 pavillons à proximité directe des stockages et quel est le lieu prévu de ce relogement ?

 

Le SIAAP nous adresse mensuellement un « suivi de l’environnement de Seine aval ». Ces bilans sont la preuve qu’au fil des mois les problèmes environnementaux de nuisances subsistent. Nous conseillons aux commissaires de prendre connaissance de ces suivis. Ils peuvent aussi obtenir sur internet les bilans hebdomadaires, avec les débits reçus et efficacité des conditions de fonctionnement.

 

Pour conclure, nous approuvons le projet et lui donnons un avis favorable, sous réserve que des réponses soient apportées à nos interrogations, en particulier sur les choix à venir de traitement des boues.

 

Fait à Maisons-Laffitte le 3 novembre 2011.

 

                                                                                    Le Président

                                                                                    JC GOAS

Ancien président de l’ASP (Association Syndicale du Parc de Maisons-Laffitte)

Ancien Conseiller municipal de Maisons-Laffitte

 

 

 

 

 

 

PJ :

-          PROD 1 pages 445 et 446 du rapport PÖYRY.

-          PROD 2 observations Sauvegarde du 7 janvier 2011 – CSSSA.

-          PROD 3 études SIAAP / ANTEA.

-          PROD 4 projet Mairie de PARIS / SIVOM – terres polluées.